UNE UNION EUROPÉENNE DÉPASSÉE

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En novembre dernier, l’Association des Amis de Coralie Delaume a organisé sa journée annuelle sur le thème du retour des empires. Dans la discussion (que vous pouvez retrouver sur YouTube en intégralité), les intervenants constataient l’impuissance de l’Europe à exister dans ce nouvel ordre géopolitique.

Les premiers jours de 2026 ont brutalement confirmé ce diagnostic. Outre leur incapacité structurelle à peser dans le conflit russo-ukrainien, les dirigeants européens n’ont pu que constater le coup de force militaire des États-Unis au Venezuela. Incapables de dénoncer clairement une violation du droit international, les chancelleries ont fait mine de se réjouir, dans les communiqués de presse publiés à cette occasion, de la fin de la dictature Maduro, alors même que le régime reste en place. Or, l’objectif de Donald Trump n’a rien de philanthropique, puisqu’il vise explicitement à asseoir la puissance impériale des États-Unis sur l’ensemble du continent américain (ce qu’on appelle la « doctrine Monroe ») et à contrôler les exportations mondiales de pétrole.

Quelques jours après cette opération, les mêmes États-Unis se sont permis de menacer militairement un pays européen, le Danemark, pour le forcer à céder le Groenland au prétexte de considérations géostratégiques. Là encore, les dirigeants européens se sont contentés de condamnations formelles et de vœux pieux, évoquant, à l’image du Président Emmanuel Macron, le respect du droit international et invoquant une plus grande autonomie stratégique de l’Europe… sans jamais s’interroger sur le fait que l’Union européenne n’a pas été bâtie pour peser sur le plan diplomatique, mais pour commercer paisiblement dans un monde débarrassé du politique et sous protection militaire américaine.

Le projet néolibéral de l’Union européenne, bien que dépassé, continue tous les jours de se déployer, en dépit des peuples. La signature du traité du Mercosur et la défaite diplomatique française démontre que l’U.E. n’est pas « une France en grand ». C’est un projet politique autonome, supranational, qui n’a cure d’assurer la souveraineté alimentaire ou industrielle de sa population. Le politique doit se soumettre à l’économique. Et si un gouvernement entend résister, le droit européen le soumettra.

À l’heure où ces lignes sont écrites, l’U.E. continue d’avancer ; non pas vers l’autonomie stratégique, mais vers l’affaiblissement des souverainetés nationales. Une fois le traité avec le Mercosur signé, c’est avec l’Inde, la Malaisie ou les Émirat Arabes unis que la Commission entend négocier de nouveaux traités de libre-échange. Il faut toujours davantage de mondialisation, peu importe la voix de la France et des peuples qui ne voient pas en quoi avoir laissé l’Indien Mittal s’emparer de la sidérurgie française constitue un progrès.

Dans cette fuite en avant, les responsables européens espèrent avoir davantage les mains libres. Pour cela, ils peuvent s’appuyer sur les éléments du rapport Draghi, publié en septembre 2024. Ce texte propose davantage d’intégration, c’est-à-dire plus de pouvoir pour la Commission au détriment des États. Dans les cartons des projets qui occupent Bruxelles, se trouve l’Union des marchés de capitaux qui vise à harmoniser, à l’échelle européenne, l’ensemble des règles relatives à la gestion et à la circulation de l’épargne. Très technique, sa mise en œuvre entraînerait l’impossibilité, pour les gouvernements nationaux, de réglementer leur secteur bancaire et financier de manière autonome et pourrait signifier, à terme, la fin des systèmes d’épargne réglementés tels que le livret A, ou le renoncement à taxer les transactions financières (la taxe française sur les transactions financières rapporte pourtant plus de 2 milliards d’euros par an au budget public).

Autre projet méconnu, celui qui vise à instaurer un 28e régime. Réservé dans un premier temps aux entreprises « innovantes » – reste à savoir comment les définir – ce régime, qui s’ajouterait à ceux des 27 États membres, permettrait aux sociétés qui en bénéficieraient de contourner le droit national en s’affiliant virtuellement à un régime de droit des sociétés dont les règles en matière de fiscalité ou de droit du travail, notamment, seraient déterminées directement par Bruxelles. Comme l’affirme benoîtement l’un de ses plus chauds partisans, l’italien Enrico Letta, cette réforme permettrait de créer un « Delaware européen », c’est-à-dire un paradis fiscal opérant au sein même des États en échappant aux règles communes.

À l’heure des vœux pour l’année 2026, l’Association des Amis de Coralie Delaume s’engage à continuer à animer le débat public en organisant des rencontres, des conférences, et en publiant les analyses de ses membres pour perpétuer la pensée de notre amie.

Pour nous soutenir et participer à nos travaux, vous pouvez d’ores et déjà adhérer ou réadhérer en cliquant sur le lien suivant :
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David Cayla,
Président exécutif de l’Association des Amis de Coralie Delaume