Article publié originellement dans Marianne le 2/01/2013
Vous avez des préventions contre les pétitions ? Plus encore contre les nationalisations ? On peut le comprendre. Ainsi, un tempérament circonspect pourra faire plusieurs objections.
1. «Le gouvernement a décidé qu’il n’y aurait pas de nationalisation : ce qui est dit est dit.»
Certes, mais, enfin, voyez les conséquences. Plusieurs sondages réalisés en décembre l’attestent : l’affaire de Florange a eu un effet dévastateur sur la popularité du Premier ministre, notamment auprès de l’électorat de gauche.
Oui, on sait : les sondages, ce n’est pas très sérieux et il faut s’en méfier. Surtout, n’hésitez pas à aller le dire à Jean-Marc Ayrault : on attend avec impatience son opinion sur la question.
2. «La nationalisation de Florange, c’est une mesure symbolique. Ça ne sauvera que quelques emplois.»
A dire vrai, ce n’est symbolique que si vous ne bossez pas à l’aciérie de Florange. Par ailleurs, s’il y a un domaine où les symboles sont importants, c’est bien la politique. Un geste fort pour témoigner que le changement, c’est bien maintenant, et non en 2073, ça ne peut pas faire de mal.
Et puis les symboles, ça permet de rétablir la «confiance». C’est important dans le domaine de l’économie, qui n’est pas une science exacte mais une science humaine, avec plein de subjectivité dedans. D’ailleurs, si la «confiance» n’était pas un élément fondamental, expliquez-moi pourquoi on nous assomme avec ça sur toutes les télés et toutes les radios.
3. «Si on commence comme ça, on finira par nationaliser toutes les entreprises en difficulté. Cela n’a pas de fin.»
Ça n’a peut-être pas de fin, mais, pour l’heure, ce qui manque, c’est surtout un début. Commençons donc par Florange.
4. «La nationalisation, c’est un truc irénique de gauchiste ensablé dans ses chimères.»
Ce doit être pour cela que Jean-Louis Borloo ou Henri Guaino ont soutenu le ministre du Redressement productif sur ce point en fin d’année dernière : leur surmoi bolchevique, sans doute.
Quoi qu’il en soit, ce serait toujours mieux que les trucs résignés de socialistes devenus centristes et englués dans un «réalisme» dont on voit bien où il nous a conduits jusqu’alors. Et puis je ne sais pas si on vous l’a dit, mais, en mai 2012, les Français ont élu un président de gauche. Si, si.
5. «La nationalisation, ça coûte cher.»
Non, pas si elle est temporaire.
Quant au chômage, qui tend, lui, à être de moins en moins temporaire, il est aussi très coûteux pour le corps social.
6. «Une nationalisation temporaire nécessite un repreneur. Il n’y en a pas pour le site de Florange.»
Qu’en savez-vous ? Vous êtes des Renseignements généraux ?
7. «La nationalisation temporaire d’un site, c’est utile dans le cadre d’une politique industrielle d’ensemble. Florange ne présente pas d’intérêt stratégique à long terme pour la France.»
Qu’en savez-vous ? Vous êtes sidérurgiste ?
8. «Exproprier Mittal, c’est envoyer un signal désastreux aux investisseurs qui ne voudront plus venir en France.»
Les investisseurs continueront à venir : on a le meilleur camembert du monde.
On a aussi la Sécu, de très bonnes infrastructures de transports, une forte productivité du travail et un climat tempéré.
Enfin, avec le «pacte de compétitivité», les entrepreneurs ont été servis. Les salariés attendent leur tour, c’est bien normal.
9. «La nationalisation temporaire, c’est une idée d’Arnaud Montebourg, et moi, je ne l’aime pas.»
Moi non plus : je n’aime pas ses cheveux. Mais on ne nous demande pas de l’aimer. La politique ne sert pas à se faire des copains. Si vous avez des soucis de ce côté-là, contactez SOS Amitié.
Sinon, il est toujours temps de signer la pétition «L’Acier lorrain vivra», disponible sur Internet (http://sauvonsflorange.wesign.it/fr).