Article originellement publié dans Marianne le 30/03/2019
Au sujet du Brexit, Emmanuel Macron affirmait récemment que « le peuple britannique a fait un choix souverain dans le cadre d’un référendum, sur la base d’une quantité considérable de mensonges ». Des mensonges, c’est vrai, il y en a eu. Il n’est qu’à se rappeler cette promesse du leader de l’Ukip, Nigel Farage, qui avait promis que l’argent versé par son pays à l’Union européenne serait redirigé vers le National Health Service (NHS) aussitôt la Grande-Bretagne sortie de l’UE, à hauteur de 350 millions de livres par semaine. Cette promesse, Farage l’avait reniée à peine le résultat du référendum connu.
L’affaire est éminemment regrettable et il ne s’agit pas de la minimiser. Ce type de mensonges érode la confiance des citoyens dans la politique et dans la démocratie. Cela dit, en matière de billevesées, le camp du Remain et ses nombreux soutiens à travers l’Europe ne furent pas en reste. Que ne nous a-t-on pas dit de l’effondrement probable de l’économie britannique en cas de victoire du Brexit. Peu après le scrutin, Christine Lagarde, depuis le FMI, annonçait que le PIB britannique allait perdre « entre 1,5 et 4,5 % à l’horizon 2019, par rapport à ce qu’il aurait été en cas de maintien dans l’UE ». 2019, nous y sommes. Certes, le Brexit n’a pas encore eu lieu. Mais l’effondrement non plus. Au contraire, les derniers chiffres publiés par l’Office national des statistiques montrent une décrue du chômage outre-Manche. Il vient de tomber à 3,9 %, son plus bas niveau depuis janvier 1975. Les emplois créés ne sont pas majoritairement précaires puisque le nombre de temps partiels a également reculé. De plus, le niveau des salaires a progressé de 3,4 % sur un an, soit davantage que l’inflation.
Les mensonges, quelle campagne électorale n’en comporte pas ? La campagne référendaire pour le traité de Maastricht en 1992 fut en elle-même une « fausse nouvelle » géante. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter le Bêtisier de Maastricht de Jean-Pierre Chevènement, publié en 1997 aux éditions Arléa. Les énormités proférées par le camp du oui y ont été compilées et le résultat est désopilant. La plus connue d’entre elles est sans doute le « Avec Maastricht, on rira beaucoup plus », de Bernard Kouchner, mais il y en a bien d’autres. On découvre par exemple cette sortie inspirée de Laurent Fabius : « Ce traité lutte contre la bureaucratie » (Libération, août 1992), reprise par le président Mitterrand : « Le maître mot du traité de Maastricht, c’est qu’avec lui la technocratie recule » (TF1, septembre 1992).
Promesses de prospérité
On peut y lire aussi ce mot plein de componction de Michel Sapin : « Maastricht apporte aux dernières années de ce siècle une touche d’humanisme et de lumière qui contraste singulièrement avec les épreuves cruelles du passé » (mai 1992). Mention spéciale à cette mise en garde d’Elisabeth Guigou : « Dire non à Maastricht, cela veut dire que vous laissez l’Allemagne libre de décider. Si on a peur de l’Allemagne, il faut voter pour ce traité » (FR3, août 1992).
On ne mentionnera même pas les promesses de convergence économique et de prospérité. Sans parler de cette « Europe sociale » devenue « Europe qui protège » dans la bouche de Macron, et que l’on attend toujours. En meeting à Aix-en-Provence dimanche dernier, la ministre Brune Poirson affirmait : « Les élections européennes nécessitent que chacun d’entre vous s’investisse pour contrecarrer les fake news d’extrême droite et d’extrême gauche. » Tant qu’on y est, on ne manquera pas de s’investir aussi pour contrecarrer les fake news d’extrême centre.